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Maladie de Parkinson et SHF in vivo
Vers Dossier Liliana Garcia
 
 
L'INB propose trois volets consacrés à la maladie de Parkinson (MP). Ce deuxième volet illustre les travaux de l'équipe de Abdelhamid Benazzouz qui a permis le transfert à l'homme de la stimulation électrique (SHF) des noyaux sous thalamiques dont il avait démontré l'efficacité chez le primate dans le traitement d'un modèle animal de maladie de Parkinson (MP). L'entretien qui suit contient des liens vers un document iconographique. N'hésitez pas à cliquer...



 
 
Franck Burglen/ INB
Pourquoi les techniques chirurgicales comme la SHF remplacent-elles le traitement pharmacologique de la maladie de Parkinson ?
A.Benazzouz
La maladie de Parkinson est liée à un déficit en dopamine. Le traitement pharmacologique est la L-DOPA à laquelle les patients peuvent très bien répondre pendant 4 à 5 ans avant de manifester des effets secondaires moteurs très handicapants comme les dyskinésies. Les thérapies alternatives comme la SHF cherchent à éviter ces effets secondaires.
INB
Pouvez-vous nous rappeler les étapes historiques de l'utilisation de la SHF ?

ABenazzouz
Tout a commencé chez l'homme. Rappelons que les principaux symptômes de la maladie de Parkinson sont les tremblements, l'akinésie et la rigidité. Depuis les années 1950 on sait qu'une thalamotomie provoque une réduction des tremblements. Ca n'est que par la suite qu'on s'est focalisé sur la lésion du noyau ventral intermédiaire du thalamus (VIM). A la fin des années 1980, Benabid et ses collaborateurs (1987) ont remplacé la thalamotomie par la stimulation électrique du VIM dans le traitement du tremblement parkinsonien sans réussir à améliorer la rigidité et l'akinésie qui sont les symptômes les plus handicapants pour le patient. Au début des années 1990 une équipe anglo-saxonne (Bergman et al., 1990) a montré l'efficacité de la lésion du noyau sous thalamique (NST) dans un modèle de singes parkinsoniens.
INB
C'est à partir de ces travaux que vous avez pensé à la stimulation haute fréquence du NST ?

ABenazzouz
Tout à fait. En fait cette découverte que je partage avec Christian Gross doit beaucoup aux progrés qui ont été fait à cette époque dans la compréhension structurale et fonctionnelle du circuit moteur des noyaux gris centraux.
FG
Vous avez donc réalisé des stimulations à haute fréquence du NST.



A.Benazzouz
Chez le primate, en effet. Ce qui a été difficile dans les premières semaines c'est de déterminer les paramètres de stimulation efficaces principalement l'intensité car si elle est trop élevée, la stimulation peut induire des effets secondaires indésirables, notamment moteurs. A la différence d'un modèle lésionnel qui induit ce type de troubles de manière irréversible, l'avantage de la SHF est qu'elle est réversible et qu'on peut ajuster ses paramètres au cas par cas, chez chaque patient.
INB
C'est à Grenoble que vous avez contribué à transformer cette technique expérimentale en pratique thérapeutique
ABenazzouz
Les études que nous avons mené in vivo sur l'animal avaient montré que la SHF sur les NST conduisait à une amélioration spectaculaire des symptômes moteurs cardinaux qui sont la rigidité et l'akinésie (Benazzouz, 1993). C'est ce qui a en effet conduit Alim-Louis Benabid à me proposer de travailler dans son équipe.
INB
Quel est votre rôle de neurophysiologiste dans cette équipe clinique ?

ABenazzouz
Quand un patient est retenu pour bénéficier de cette chirurgie, la première étape de l'opération consiste à localiser les NSTs qui sont de forme ovoïde et mesurent 3 mm sur 4. Un repérage anatomique par IRM nous permet de déterminer les coordonnées stéréotaxiques de ces noyaux. Ensuite ces coordonnées sont corrigées par les enregistrements électrophysiologiques que je réalise au bloc opératoire. Une fois les noyaux repérés, on implante des électrodes de stimulation bilatéralement dans ces noyaux. Les électrodes sont par la suite connectées à un stimulateur implanté au niveau sous claviculaire.
Grâce à l'électrophysiologie, on peut reconnaître de façon très précise l'activité des neurones du NST caractérisés par un mode de décharge particulier en bouffées (Benazzouz et al., 2002).


INB
Quelles sont les autres sites susceptibles d'être stimulées avec un but thérapeutique

 

A.Benazzouz
En plus du VMI que nous avons déjà évoqué, il y a le globus pallidus interne. Mais sa stimulation n'est pas directement efficace dans le traitement de la MP. Son intérêt vient du fait qu'en le stimulant on peut réduire les effets secondaires induits par la L-DOPA, notamment les dyskinésies. La stimulation du globus pallidus interne est aussi très efficace sur les dystonies en particulier la forme DYT1 chez l'enfant et elle est pratiquée à Bordeaux.
INB/ Franck Burglen
Quelles sont les autres applications thérapeutiques de la SHF ?
ABenazzouz
On les trouve principalement dans les pathologies psychiatriques. En voulant traiter des TOC, notre équipe a pu observer chez un patient que la SHF du noyau accumbens avait aussi un effet bénéfique sur une dépression associée. Dans l'équipe parisienne (Mallet et al., 2002) deux autres patients parkinsoniens souffrant en plus de troubles obsessionnels ont été opérés. La SHF des NST a non seulement réduit les symptômes moteurs mais aussi les troubles obsessionnels
INB
Qu'est-ce que vous faites actuellement à Bordeaux ?

ABenazzouz
Nous cherchons à comprendre les bases physiologiques des effets de la SHF. Vous le savez, l'étude électrophysiologique de ce phénomène est difficile. La solution technique que nous avons retenue in vivo est basée sur une soustraction informatique des artefacts de stimulation. Cette approche nous a permis de mettre en évidence une inhibition totale ou partielle des neurones du NST et de sa structure efférente, la pars réticulata de la substance noire. Cette inhibition a été confirmée par une autre étude métabolique utilisant le marquage de la Cytochrome Oxydase dont le niveau d'expression permet de quantifier les variations d'activité cellulaire (Tai et al., 2003 ; Benazzouz et al., 2004).
INB
Quelles sont vos perspectives ?

ABenazzouz
Mieux comprendre les mécanismes de la stimulation du NST en utilisant des techniques comme l'IRMf en collaboration avec l'équipe de Chrit Moonen.

 

Abdelhamid Benazzouz est chargé de recherche dans l'unité de physiologie et physiopathologie de la signalisation cellulaire (UMR 5227) dirigé par JM Cazalets

Academie Nationale de Médecine
Abdelhamid Benazzouz et son équipe, de Bordeaux, à reçu le prix Aimée et Raymond MANDE (22500 euro/pour deux équipes)pour leur "Etude de nouvelles approches thérapeutiques de la maladie de Parkinson"


Les références citées


Propos recueillis par Franck Burglen Novembre 2003


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Retrouvez un entretien avec Chrit Moonen le 25 Février sur le site de l'INB.