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François Gonon quel à été pour vous le facteur déclenchant qui vous a amené à réfléchir sur les questions d’éthiques concernant la médicalisation croissante des souffrances psychiques ?
A l'origine, le dialogue pluridisciplinaire au sein de notre trio a ouvert le champ des questions que nous abordons dans notre article. Mais la rencontre qui a déclenché mon action date de juillet 2005.
Je participais à une "Gordon Conference" sur les catécholamines et Michael Zigmond (University of Pittsburgh) y présenta des considérations éthiques.
Il nous invitait à dire publiquement ce que nous pensions de la toxicomanie - l'expression d'une souffrance de l'individu - face à la politique principalement policière des USA vis-à-vis des toxicomanes.
A la suite de cet exposé, j'ai eu une discussion avec John Salamone (University of Connecticut) et nous avons réalisé les ravages que pourrait causer à nos sociétés la notion simpliste selon laquelle la dopamine est la molécule de la motivation. |
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Vous faites part à la fois de vos doutes concernant l’efficacité des psychotropes ainsi que de leur utilisation abusive, peut on comparer la prise en charge de la douleur physique dans les services hospitaliers considérée comme une avancée récente et positive avec la prise en charge de la douleur psychique , y a-t-il un parallèle à faire entre ces deux types de médicalisation ?
Le parallèle entre douleur psychique et douleur physique est très intéressant à notre avis. Premièrement, l'évolution a développé ces deux fonctions chez les mammifères et la douleur physique est indispensable à la survie de l'individu. Ceci pose la question de l'utilité de la souffrance psychique. Deuxièmement, nous avons des médicaments très efficaces pour réduire à court terme ces deux types de souffrance. Le traitement des douleurs physiques chroniques est beaucoup moins bien maîtrisé en raison de la complexité des réseaux neuronaux participant à la sensation douloureuse (voir le travail de Guy Simonnet et collaborateurs). Bien évidemment, le traitement chronique de la souffrance psychique se heurte à des difficultés encore bien plus considérables. |
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Vous expliquez l’augmentation de la consommation de psychotropes par l’allongement de l’espérance de vie qui est source d’angoisse, n’y a t’il pas aussi d’autres multiples raisons comme, l’absence d’appartenance (à une communauté) , d’utilité et d’identité sociale,? ou bien le culte de la performance ?
Toutes les raisons que vous évoquez, et bien d'autres (voir le rapport de l'OPEPS sur l'usage des médicaments psychotropes en France), concourent à cette croissance de la consommation.
L'augmentation de l'espérance de vie et celle du recours aux médicaments psychotropes représentent deux tendances lourdes de nos sociétés. Nous nous réjouissons de la première, mais la seconde nous inquiète.
En ce qui concerne la France, nous sommes frappés par la corrélation entre la surconsommation de médicaments psychotropes après 50 ans et le fort taux d'inactivité de cette tranche d'age, comparé aux autres pays européens. |
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Enfin François Gonon, quand vos lecteurs scientifiques et autres auront terminé la lecture de votre article qu’en attendez vous ? une prise de conscience, l’ouverture d’un débat, corriger ces dérives ?
Je souhaite l'ouverture d'un débat, dans un premier temps à l'intérieur de la communauté des neurobiologistes, qui devrait, selon moi, aboutir à une prise de conscience. A partir du moment où l'exigence de vérité s'effiloche, la science perd son socle éthique et sa crédibilité vis-à-vis des citoyens. Or je suis effaré par les affirmations, présentées comme des faits établis par la recherche en Neuroscience, que chacun peut lire dans les livres et les sites web destinés au grand public.
Nous, neurobiologistes, nous alimentons et cautionnons cette dérive du discours concernant la souffrance psychique sans nous poser la question des conséquences.
Mes collègues partagent-ils mes inquiétudes?
Si oui, nous réfléchirons ensemble aux suites à donner.
François Gonon (PhD) et Thomas Boraud (MD, PhD) sont chercheurs au laboratoire CNRS UMR 5227 "Mouvement Adaptation Cognition" (Université Bordeaux 2). Annie Giroux-Gonon est psychologue clinicienne et psychanalyste en libéral. |