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GLIAL CELLS 2009 / 9th European Meeting on Glial Cells in Health and Disease
Thierry Amédée et Jean Pierre Mothet 2 chercheurs bordelais, co-organisateurs et membres du French Glial Cell Club
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  Astrocytes

Thierry Amédée est chercheur dans l'équipe "Les interactions glie-neurones face à l'inflammation" du laboratoire PsyNuGen, Jean Pierre Mothet est chercheur dans l'équipe "Relations glie-neurone" du Neurocentre Magendie. Ces deux scientifiques au parcours différent co-organisateurs de Glial Cells 2009 cette année à Paris du 8 au 12 Septembre, nous donnent leurs sentiments sur des recherches en pleine expansion. Ils nous font part des implications des cellules gliales dans de nombreux mécanismes autrefois exclusivement interprétés d'un point de vue neuronal. Les inscriptions pour ce congrès sont ouvertes jusqu'au 10 Mai . Inscription...

Euroglia 2009
Non ! Thierry Amédée et Jean Pierre Mothet n’ont pas gagné une Ferrari en répondant à un appel d’offre ANR. Mais ce bolide (notre cerveau) est la métaphore préférée de Thierry Amédée : son moteur étant nos neurones et ses pneumatiques nos cellules gliales. Cela représente à merveille les enjeux de ce 9éme Congrès Glial Cells. Les cellules gliales permettront de moduler finement l’activité du neurone tout comme les pneumatiques le contrôle de l’automobile… Membres du groupe d’organisateurs, ces deux chercheurs nous font découvrir les multiples facettes des cellules gliales devenues désormais incontournables…
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INB
Pourquoi un congrès spécifiquement "cellules gliales" ?


Thierry Amédée
Au début des années 1990, la communauté des chercheurs qui travaillait sur les cellules gliales était peu considérée par les « neurocentriques », neurobiologistes focalisés sur les neurones, qui oubliaient presque totalement les cellules gliales. Par réflexe de défense, la communauté scientifique gliale a décidé de s’organiser en réseau et de formaliser cette existence en créant des clubs nationaux.
En France, c’est Dionysia Théodosis, qui a été la première présidente du club français des cellules gliales. Bordeaux est donc très impliqué dans la communauté gliale pour ces raisons historiques. Les clubs se sont réunis entre eux, ont formé un réseau, et ont décidé de faire un congrès européen tous les deux ans . Le premier eu lieu en 1994 à Heidelberg, le second à Arcachon en 1996 et fut organisé par Dionysia Théodosis et Dominique Poulain . Ce congrès tourne dans les villes européennes, (Grèce, Italie, Espagne, Angleterre et Pays-Bas) et réunit entre 600 et 800 personnes. Il faut savoir que dès le début, des chercheurs non européens sont venus, et aujourd’hui ce congrès draine une population scientifique mondiale, le continent nord-américain, et même le continent asiatique puisque des chercheurs japonais et chinois sont venus dès la première fois.

INB
Quel public désirer vous attirer ?


Jean Pierre Mothet
A ce congrès européen du 8 au 12 septembre 2009, notre désir est d’attirer non seulement ceux qui sont intéressés par les cellules gliales, mais aussi les plus neurocentrique des neurobiologistes. C’est un congrès qui s’adresse à toute la communauté des neurosciences car désormais l’étude du système nerveux normal ou pathologique ne peut plus être neurocentrée. On sait aujourd’hui que les cellules gliales participent intimement à la formation de notre système nerveux embryonnaire et post natal, au bon fonctionnement de notre système nerveux dans les processus d’apprentissages et de mémoire. Nous savons aussi que les cellules gliales pourraient être les premières cellules atteintes dans de nombreuses maladies neurodégénératives comme la maladie d’Alzheimer, la maladie de Parkinson, ou les maladies psychiatriques comme la schizophrénie. Désormais les cellules gliales doivent intéresser tous les biologistes qui étudient
le système nerveux. Si ce congrès à ces débuts ne semblait concerner que les neurobiologistes travaillant sur les cellules gliales, ce n’est plus le cas car on sait
maintenant que les neurones ne sont pas seuls à régenter le fontionnement du système nerveux !

 

INB
Visez vous un public ciblé pour ce congrès , le titre : Meeting on Glial Cells in Health and Disease est il particulier à cette année 2009 ?

Jean Pierre Mothet
« Il faut savoir que ce congrès attire les gens de la glie, mais aussi nos collègues travaillant sur les neurones. Le programme est assez riche et attractif pour l’étudiant, le post doc, le chercheur, l’enseignant chercheur, ou le clinicien qui travaille dans les neurosciences en général, même s’il n’a jamais travaillé dans le
champs des cellules gliales. Venir à ce congrès devrait changer à jamais sa façon d’entrevoir sa recherche et modifiera certainement la façon de mener son travail.

Thierry Amédée
Ce titre est le titre générique qui n’a jamais changé depuis le tout premier congrès en 1994. Il a toujours cherché a fédérer non seulement les chercheurs qui travaillent sur les cellules gliales, mais tout autant l’ensemble de la communauté des Neurosciences. En effet, on ne peut pas imaginer aujourd’hui pouvoir étudier le fonctionnement normal ou pathologique du système nerveux sans prendre en compte les cellules gliales. Par exemple, nombre de pathologies neurodégénératives s’accompagnent ou sont le produit d’une forte neuroinflammation, et les cellules qui sont responsables de cette neuroinflammation sont un certain type de cellules gliales : la microglie.

INB
Quel est l’historique de la recherche sur les cellules gliales ?

Thierry Amédée
La dénomination de ces cellules comme cellules gliales ou encore plus simplement glie est tiré de glue. Le premier rôle qui a été attribué à ces CG était celui d’une glue, d’une « colle » neuronale. Les premiers observateurs ont imaginé que ces cellules gliales assuraient une certaine intégrité aux tissus nerveux, et « collaient » les neurones entre eux. Plus tard, d’autres chercheurs ont découvert que les cellules gliales fournissaient de l’énergie aux neurones. Ce rôle nourricier est exact, mais les CG ont bien d’autres fonctions comme notamment pour certaines d’entre elles (oligodendrocytes dans le système nerveux central et cellules de Schwann dans le système nerveux périphérique) de fabriquer la gaine de myéline qui enveloppe et isole électriquement les axones et facilite la propagation des signaux électriques ou encore comme les astrocytes de moduler la transmission des informations électriques entre les neurones.

Jean Pierre Mothet
La cellule noble était le neurone. Comme tout neurobiologiste qui s’intéresse notamment au fonctionnement de la synapse...

 

...il était de bon ton de travailler sur les neurones, car c’était l’élément excitable du système nerveux qui va transmettre l’information. L’étude des CG était donc un peu en retrait, mais depuis une quinzaine d’années, nous savons que ces cellules participent à la dynamique de la transmission des informations dans le système nerveux, , qu’elles sont aussi
responsables de la réparation des neurones, condamnant aussi les neurones à vivre ou à mourir. On sent maintenant dans les congrès un intérêt de plus en plus fort pour le ces domaines de recherches sur les interactions glie neurones. Il y a une forte communauté CG et Neuroinflammation à Bordeaux, le laboratoire de Françoise Moos et Sophie Layé et l’équipe de Stéphane Oliet qui a donné force de loi à ces cellules gliales avec bien sûr Dyonisia Théodosis.


INB
Y a t’il un processus commun dans les pathologies neurodégénératives ?

Thierry Amédée
On peut dire que toute maladie neurodégénérative s’accompagne d’une composante inflammatoire plus ou moins forte. Bien que le cerveau soit un organe relativement protégé du reste du corps et donc d’agents pathogènes périphériques par une barrière physique (barrière hématoencéphalique), le cerveau possède des cellules sentinelles qui sont chargées de vérifier en permanence son statut immun. La microglie joue le rôle de ce gendarme immun. Dans la maladie d’Alzheimer, la microglie détecte la présence de la protéine A beta qui est produite en trop grande quantité et va répondre en sécrétant des facteurs inflammatoires qui vont enclencher le cercle vicieux de la réaction neuroinflammatoire avec à la clé nombre d’effets délétères comme des altérations neuronales directes et/ou indirectes. Aborder la maladie d’Alzheimer en négligeant le coté inflammatoire est absolument impossible. Des essais cliniques ont donc été menés en utilisant des molécules anti- inflammatoires sur des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer mais se sont révélés décevants car lorsque la maladie est diagnostiquée, il est déjà trop tard pour ce type de traitement. Les dommages du tissu nerveux cérébral sont tellement importants qu’il est très difficile de les réverser par un seul traitement anti-inflammatoire. Une des pistes suivie actuellement est de détecter la maladie d’Alzheimer à un stade très précoce pour que les anti- inflammatoires puissent avoir un effet.

INB
Ces recherches sont-elles productives de molécules thérapeutiques pour ces maladies

Jean Pierre Mothet
Des molécules qui visent précisément les CG, on n’en est pas encore à ce stade.

 

Thierry Amédée
Il ne faut pas oublier qu’il n’y a guère que quinze à vingt ans que l’on a réellement pris conscience de l’importance fondamentale des cellules gliales et il faut laisser le temps au temps mais nous sommes sur la bonne voie.

INB
Quelles sont les difficultés rencontrées ?

Jean Pierre Mothet
La raison des difficultés est qu’il y a très souvent malheureusement redondance des voies de signalisation dans le système nerveux central. Il faudrait des voies
de signalisation très spécifiques à la cellule gliale, or les neurones et les cellules gliales partagent un certain nombre de voies communes. Les molécules que l’on devrait utiliser pour traiter telle pathologie devraient cibler une voie de signalisation extrêmement précise dans les cellules gliales. Il nous manque un ciblage
précis, ce qui exige encore de très importantes recherches en amont.
Il faut savoir qu’au cours du développement, les neurones dérivent des cellules gliales. Les
neurones et les cellules gliales ne sont pas deux entités qui naissent différemment. Ces cellules ont un précurseur commun ; elles partagent donc le même patrimoine, ce qui rend difficile de cibler telle ou telle voie de signalisation dans une perspective thérapeutique

INB
Des essais cliniques sont ils en cours ?

Thierry Amédée
Il y a des essais cliniques qui se servent des cellules gliales, par exemple dans le cas de démyélinisation dans le système nerveux central. Anne Baron-Van Evercooren (Centre de Recherche de l’Institut du Cerveau et de la Moelle Epinière, Paris) a essayé par transplantation de cellules de Schwann (après multiplication in vitro de ces cellules) de rémyéliniser des zones de cerveau qui étaient démyélinisées. Après injection de ces cellules, un certain degré de remyélinisation a été observé. (Remyelination of the central nervous system: a valuable contribution from the periphery.Zujovic V, Bachelin C, Baron-Van Evercooren A. Neuroscientist. 2007 Aug;13(4):383-91. Review.)

INB
Vos domaines de recherche sont ils porteur vis-à-vis des financements ?


Jean Pierre Mothet
Nos recherches sont centrées sur la transmission synaptique ; comment les CG vont moduler la transmission synaptique ? Nous cherchons à savoir quelles sont les voies de signalisation qui ont été mises en jeu à l’intérieur des neurones ou des cellules gliales lors de la transmission synaptique ou des phénomènes de
plasticité synaptique. Effectivement les CG sont un secteur très porteur financièrement surtout lorsque les projets...

 

...visent à l’étude de leur interactions avec d’autres cellules du système nerveux comme les neurones.. Nous n’étudions pas la cellule gliale pour la cellule gliale ! ce sont les relations qu’entretiennent ces cellules avec les neurones qui nous intéressent car ce dialogue va finalement faire en sorte que la symphonie orchestrée au sein de notre cerveau soit la plus mélodieuse possible ! Notre domaine de recherche est donc très attractif, auprès des agences telles que l’ANR, ou des associations de malades. On le voit aussi
avec l’industrie pharmaceutique, qui s’intéresse de plus en plus aux CG, dans le traitement de la maladie d’Alzheimer et aussi dans la schizophrénie. Personnellement, avec Stéphane Oliet, nous travaillons sur la D-sérine, un acide aminé synthétisé et libéré par les cellules gliales. La schizophrénie est une pathologie où la D-sérine prend tout son sens d’un point de vue thérapeutique. Des études conduites dans le monde sur différentes populations ont montré un lien génétique entre la D-sérine et la schizophrénie. On sait maintenant que le métabolisme de la D-sérine est affecté chez les patients schizophrènes qui
présentent des niveaux anormalement bas de cet acide aminé dans leur liquide céphalorachidien., l’adjonction de D-sérine aux antipsychotiques améliore leur état.


INB
En conclusion : l’étude des cellules gliales : domaine prometteur ?

Thierry Amédée
Nous essayons de faire prendre conscience à l’ensemble de la communauté des chercheurs en neurosciences qu’il n’est plus concevable d’imaginer travailler en neurosciences si on ne prend pas en compte les cellules gliales qui représentent 80% de la population cellulaire du cerveau. Il est vrai que malgré l’abondance d’articles sur ce sujet, les changements de mentalité sont toujours lents, l’illustration parfaite de ceci étant le fait qu’il n’y a que quelques années que l’on enseigne la synapse tripartite (un neurone présynaptique, un neurone postsynaptique et un astrocyte), mais le mouvement est bien enclenché maintenant et prend sans cesse de l’ampleur.

Jean Pierre Mothet
On peut prédire que dans les années à venir de plus en plus d’études porteront sur ces CG, qui, ne l’oublions pas, on la capacité de décider de la vie ou de la mort des neurones. On veut comprendre dans quelles conditions ces CG libèrent ces facteurs mortifères ou de survie vis-à-vis des neurones. Ce qui est essentiel pour envisager des thérapies ciblées.

 

Thierry Amédée
Cela a été une révolution conceptuelle, les cellules gliales sont extrêmement impliquées dans de nombreuses pathologies mais aussi dans la physiologie, dans la régulation du fonctionnement du système nerveux.

Jean Pierre Mothet
On peut comparer les cellules gliales aux étoiles, et les neurones aux planètes. Les cellules gliales sont les étoiles qui permettent d’entrevoir la lumière sur le fonctionnement de notre univers cérébral.



Propos recueillis par Emilie Denis et Yves Deris Com INB 6 Mai 2009

 

 
       
       
       
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