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Didier Dulon comment fonctionne l'élément sensoriel de l'audition ?
Didier Dulon
L’organe auditif (organe de Corti) est composé de deux types de cellules sensorielles: les cellules ciliées internes (CCIs) et les cellules ciliées externes (CCEs). Chacun de ces deux types de cellules ciliées a un rôle bien particulier. Les CCEs jouent le rôle d’ « ampli-tuner » des vibrations acousto-mécaniques incidentes et n’envoient pas de message nerveux vers les centres auditifs. Les CCIs codent le potentiel récepteur ou potentiel microphonique en impulsions nerveuses au niveau des fibres afférentes du nerf auditif. Au contraire des neurones, les CCIs ne génèrent pas de potentiel d’action mais un potentiel récepteur (dépolarisation phasique) proportionnel à l’intensité de la stimulation acoustique qui déclenche une libération tonique et phasique très précise du neurotransmetteur (glutamate) au niveau de la fibre afférente du nerf auditif.
Que trouve t'on de particulier dans ce "cablage" cellules ciliés - neurones ?
Didier Dulon
Au cours du développement du système auditif, l’essentiel des connexions synaptiques des fibres afférentes du nerf auditif, est de manière très surprenante, concentré au niveau des CCEs (cellules ciliées externes). Ces connexions synaptiques afférentes au niveau des CCEs sont transitoires. Au cours de la maturation du système auditif, elles se rétractent progressivement des CCEs et contactent uniquement les CCIs. Le rôle de ce « switch » synaptique au cours du développement du système auditif reste encore inconnu.
Que démontre vos travaux ?
Didier Dulon
Notre étude publiée dans Journal of Neuroscience démontre que les CCEs immatures ont une activité électrique spontanée pendant cette période transitoire du développement. Ces CCEs immatures déclenchent des potentiels d’action calciques spontanés à l’origine d’une activité d’exocytose vésiculaire synaptique.
Nous montrons que cette exocytose calcium-dépendante des CCEs immatures est perdue chez la souris dont le gène de l’otoferline est inactivé. Le gène OTOF*, isolé dans le laboratoire de Christine Petit à l’Institut Pasteur, est responsable quand il est muté, de la surdité récessive DFNB9 chez l’homme.
Cette protéine, dont le rôle précis dans la synapse à ruban des cellules ciliées restent encore à définir, est constituée de plusieurs domaines C2 et présente une organisation structurelle ressemblant aux synaptotagmines : les senseurs calciques des synapses neuronales.
Nos résultats démontrent que, comme pour la CCI mature (Roux et al. 2006), l’otoferline est essentielle à l’activité synaptique des CCEs au cours du développement. Cette activité synaptique spontanée des CCEs immatures doit certainement jouer, comme montré dans le système visuel au cours du développement, un rôle essentiel dans l’établissement de la cartographie nerveuse des centres auditifs.
*Le gène OTOF code pour la proteine otoferline
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