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INB
Wim Crusio, vous avez intégré l’unité CNRS UMR 5106 de Georges Di Scala. Quelles ont été vos motivations pour rejoindre cette unité de recherche ?
Wim Crusio
Mes motivations étaient multiples. D'abord, il y a le fait que le type de recherche mené dans cette unité, c'est à dire les neurosciences cognitives, est très proche thématiquement de mes centres d’intérêt : les bases génétiques de l'apprentissage et de la mémoire. Je suis les travaux de la plupart des chercheurs de cette unité (en premier lieu, bien sûr, Robert Jaffard) depuis de nombreuses années et depuis longtemps j'avais joué avec l'idée de les rejoindre un jour. Une autre considération très importante a été la grande qualité ainsi que le grand nombre de personnes qui constitue les neurosciences bordelaises. Dans le passé j'ai souvent été dans des situations où le contact avec des collègues des champs scientifiques voisins était difficile du fait de facteurs géographiques. Faire partie de l"IFR était donc pour moi un facteur très important dans ma décision de venir à Bordeaux. Dernier facteur, non négligeable non plus, est le fait que la région de Bordeaux me plaît beaucoup et me semble un très
agréable environnement pour vivre.
INB
Rejoignez vous particulièrement une équipe de cette unité de Georges Di Scala ?
Wim Crusio
La réponse est "oui" et "non" en même temps. Notre unité est en cours d'implémenter d'importants changements, notamment la fusion avec plusieurs équipes d'autres unités (notamment l'UMR 5816 et l'équipe de Nathalie Macrez venant de l'UMR 5017). De ce fait, les équipes existantes étaient toutes en mouvement et en train de se reformer et reconstituer. C'était donc un excellent moment de joindre cette unité, pour pouvoir participer à ce processus de consultation, de réorientation et de réorganisation.
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En conclusion, je dirige maintenant une équipe "Neurogénétique Comportementale" comprenant quatre chercheurs et enseignants-chercheurs statutaires.Mes collègues dans cette équipe utilisent tous, comme moi, des méthodes génétiques pour éclaircir les bases biologiques des comportements, notamment celles liées à la cognition. Les premières collaborations débutent en janvier et ces développements m'ont confirmé dans ma conviction que j'ai fait le bon choix de venir ici.
INB
Poursuivez-vous vos expériences sur les mécanismes de la dépression, travaux que vous aviez présentés en janvier 2005 dans le cadre des séminaires de l’INB ?
Wim Crusio
Non, je n'ai pas l'intention de poursuivre ce projet. Encore une fois, les raisons sont multiples. D'abord, ce projet devrait se développer dans des directions neurochimiques et moléculaires, domaines où je n'ai pas les compétences requises. Une autre considération était le fait que la dépression n'est pas vraiment une maladie de la cognition et de ce fait ne collait pas trop bien avec la problématique de notre unité. Finalement, j'ai obtenu deux contrats de recherche pour d'autres projets et un troisième serait trop lourd à gérer en même temps. J'avais choisi mes travaux sur les mécanismes de la dépression comme sujet de mon séminaire à l'INB en Janvier 2005, parce qu’il s’agissait de mes travaux les plus récents et aussi parce qu'ils donnaient un bon exemple de l'approche génétique pour analyser des processus neurobiologiques sous-tendant le comportement que je favorise.
INB
Quelles sont vos préoccupations de recherches actuelles et vos projets ?
Wim Crusio
Pour le futur proche j'ai deux projets. Dans le premier je cherche à montrer que la souris "KO" pour le gène Fmr1 (modèle du Syndrome de l'X Fragile)
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montre également des déficits "autistiques".En effet, les patients humains atteints de l'X Fragile souffrent souvent aussi d'autisme ou, au moins, montrent des symptômes autistiques.
Nous avons déjà pu montrer récemment dans une expérience pilote que ces souris montrent un déficit dans le comportement social (Behav. Brain Res., sous presse). En plus, des données antérieures suggèrent que l'arrière fond génétique a une forte influence sur l'expression des effets de la mutation "KO" Fmr1. Il s'agit donc dans ce projet de modéliser des traits ressemblant à l'autisme chez les souris KO Fmr1 sur plusieurs arrière-fonds génétiques. En plus des comportements sociaux, il s'agit d’étudier les stéréotypies, la rigidité cognitive, la sensibilité aux changements dans l'environnement, etc. Pour ce projet j'ai obtenu une subvention de l'organisme caritatif Américain "March of Dimes". En plus, je bénéficie d'une allocation de recherche de la Région, qui m'a permis de recruter une doctorante.
Un deuxième projet vise à identifier des gènes sous-tendant des différences interindividuelles liées à l'apprentissage dans un labyrinthe radiaire, ainsi que des variations dans la taille des fibres moussues intra- et infrapyramidales, qui sont intimement impliquées dans la régulation de ce type d'apprentissage. Pour ce projet j'ai obtenu un contrat de recherche "R01" du "National Institute of Mental Health" Américain. J'ai eu beaucoup de chance que ces deux organismes outre Atlantique m'aient permis de transférer ces contrats vers la France. Mais il faut aussi souligner qu'il n'aurait pas été possible de conduire ces projets sans l'aide très importante de la région Aquitaine, l'Université de Bordeaux I (opération BQR) et le CNRS, qui m'ont accordé une subvention importante pour acheter les matériels nécessaires.
A coté de ces projets de recherche je compte aussi continuer mes activités d'édition scientifique...
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...A la première place il s'agit du poste d’Editeur en Chef de "Genes, Brain and Behavior" (G2B, Blackwell Scientific), journal que j'ai fondé. En 2006 nous en sommes déjà au cinquième volume. Selon l'Institute for Scientific Information, l'année dernière G2B avait un facteur d'impact de 3.8, ce qui le classait 41e parmi les 198 journaux de neurosciences classés. De plus, j'édite actuellement avec deux collègues (mon ami Robert GERLAI de Toronto et mon ancien postdoc néerlandais Frans SLUYTER, actuellement à Londres) un "Handbook of Mouse Behavior Genetics" en trois volumes, à paraître chez Cambridge University Press. Robert GERLAI et moi sommes proches de finir un contrat supplémentaire avec CUP pour élargir ce "Handbook" dans une "Encyclopedia of Behavior Genetics" en 14 volumes. Bien évidemment, nous ne proposons pas d'écrire tout cela nous-mêmes! Chaque volume dans cette série sera édité par son propre éditeur, avec Robert et moi comme éditeurs en chefs.
Pour finir, je voudrais également exprimer ma reconnaissance pour la réception chaleureuse que la communauté neuroscientifique bordelaise, et en particulier mes collègues de l'UMR 5106 m'ont accordée. En effet, je commence à regretter de ne pas être venu plus tôt !!
Communication INB
Yves Deris
11 janvier 2006
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