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| Une publication très remarquée dans PLos One... | ||||
| L'exceptionnel potentiel addictif du sucre... | ||||
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"Intense Sweetness Surpasses Cocaine Reward"August 2007 |
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| Serge Ahmed et HDR |
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| Dans ces expériences, des rats – modèle animal le plus utilisé en neurobiologie de l’addiction – avaient le choix entre une boisson sucrée (contenant de la saccharine ou du sucrose) et des doses croissantes de cocaïne. Sur 100 rats testés, 94 préféraient largement le goût sucré aux sensations artificielles de la cocaïne. Les 6 rats restants étaient soit indifférents (4 rats), soit présentaient une légère préférence pour la drogue (2 rats). La préférence pour le sucre persistait même après une augmentation maximale de la dose de cocaïne et après plusieurs semaines d’exposition prolongée à la drogue. Ces données surprenantes suggèrent qu’on a peut-être sous-estimé le potentiel addictif des produits riches en sucre – comme on a sous-estimé pendant longtemps et à tort le potentiel addictif du tabac… Notre travail devrait à terme permettre de mieux comprendre pourquoi face à l’abondance de produits riches en sucre (et en graisse, car les deux sont souvent associés), il est très difficile pour bon nombre d’entre nous de ne pas succomber à la surconsommation, malgré les conséquences négatives associées. Serge Ahmed Vous travaillez depuis de nombreuses années sur l’addiction aux drogues. Pourquoi étudier le potentiel addictif du sucre ? Serge Ahmed Vous n’êtes pas sans savoir qu’il y a actuellement un ralentissement inquiétant dans le développement de nouveaux médicaments psychotropes et ce malgré des recherches et des investissements financiers records. Cette situation est peut-être transitoire et on espère qu’elle se décantera éventuellement avec le temps et les progrès des nouvelles biotechnologies. Cependant, la cause de ce ralentissement pourrait également être plus profonde et découler d’une insuffisance constitutive de nos modèles animaux qui s’écarteraient encore trop des désordres psychiatriques, que ce soit au niveau symptomatique ou syndromique. La modélisation chez l’animal de l’addiction, longtemps considérée comme la plus avancée en psychiatrie, n’échapperait pas à cette critique. En effet, dans 99,9% des expériences réalisées jusqu’à ce jour (je n’exagère pas), les animaux avaient accès aux drogues sans autre choix possible. |
Dans de telles conditions, comment s’étonner que la majorité d’entre eux prenne la plupart des drogues dont l’homme abuse – alors que chez ce dernier, seule une minorité des individus serait vulnérable face aux drogues et à l’addiction. L’absence relative de choix au laboratoire est bien sûr dictée par l’impératif du contrôle expérimental, sans lequel on ne pourrait pas conclure grand-chose de nos expériences. Cependant, dans le cas de l’addiction et des désordres psychiatriques en général, on ne peut pas faire abstraction de l’environnement sans risquer de compromettre la validité et la généralité des phénomènes étudiés. Donc, pour se rapprocher plus de la situation des consommateurs humains de drogue, nous avons commencé à introduire la dimension du choix dans nos expériences. Nous avons choisi le sucre comme alternative à la drogue car c’est une récompense facilement contrôlable et commune aux hommes et à la plupart des mammifères. Nous espérons dans un futur proche introduire également la dimension du choix social. |
résulte de son action directe et puissante sur la signalisation dopaminergique du noyau accumbens – une région du cerveau antérieur qui joue un rôle clé dans l’apprentissage par récompense et la prise de décision. Au plan métaphorique, la cocaïne est tour à tour présentée comme une kidnappeuse, une terroriste ou une usurpatrice. En stimulant de manière anormalement élevée la signalisation dopaminergique striatale, la cocaïne détournerait le consommateur de toute autre forme de récompense, ce qui expliquerait le caractère compulsif et obsessionnel de la prise de drogue. Bien évidemment, cette théorie dopaminergique générale de l’addiction ainsi que toutes ces variantes computationnelles récentes ne prédisaient pas notre découverte. Si celle-ci se confirmait, elle devrait conduire à une réévaluation de nos théories neurobiologiques actuelles de l’addiction. Pour paraphraser Shakespeare, « il y a quelque chose de pourri au royaume» de l’addiction. |
Pour finir, je voudrais évoquer une autre implication potentielle, plus troublante, de notre travail. Nos résultats pourraient également indiquer que Rattus norvegicus est constitutivement résistant à l’addiction. Seul Homo sapiens (et peut-être les primates en général), serait vulnérable face aux drogues et à l’addiction. Personnellement, j’ai du mal à admettre une telle possibilité mais il faut quand même la prendre au sérieux. Rappelons que le rat (ou la souris) n’est pas un petit homme. Au plan cognitif, par exemple, le rat est incapable de raisonner par analogie. Or ce type de raisonnement est prépondérant dans la cognition humaine. Au plan émotionnel, le rat ne connaît ni la honte, ni la culpabilité – deux émotions potentiellement importantes dans l’addiction. Enfin, au plan motivationnel, le rat semble incapable d’imaginer et de prendre en compte au présent ses besoins futurs (ce que nous recherchons actuellement à vérifier au laboratoire). Ces incapacités cognitives, conatives et émotionnelles découlent sans doute du faible développement du cortex préfrontal chez le rat par rapport à l’homme. On a souvent comparé les toxicomanes à des animaux – à cause de leur irrationalité apparente qui suggérait un hypofonctionnement frontal (et donc une régression évolutionnaire). Notre petite analyse comparative suggère au contraire que la vulnérabilité face à l’addiction serait intimement liée à l’évolution d’un cortex préfrontal sophistiqué. Sans lui et sans les fonctions qu’il incarne, il est peut-être absurde et déplacé d’employer le concept d’addiction. Si cette hypothèse se confirmait, elle devrait avoir de lourdes conséquences sur la recherche fondamentale dans le domaine. |
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